Inauguration des allées Andrée Jacob et Eveline Garnier square Louvois, Paris 2e

Andrée Jacob par Chériane

Je remercie la Mairie de Paris et particulièrement Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire de Paris chargée de la mémoire et du monde combattant, ainsi que M. Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement, d’accueillir dans le square Louvois Andrée Jacob et Eveline Garnier, deux grandes actrices de notre histoire qui ont étonnamment disparu de notre mémoire collective.

Merci de faire acte de justice, non seulement pour l’histoire des femmes mais aussi pour l’histoire de la résistance en France, et plus spécialement de ce cher Paris où elles sont nées, ont vécu et ont travaillé toute leur vie. Savions-nous qu’Andrée Jacob est à l’origine des panneaux présentant les monuments et sites principaux de la capitale ?

Il faut dire qu’Andrée Jacob le connaissait bien, l’ayant arpenté dans tous les sens sous l’Occupation comme secrétaire de Claude Bourdet, qui était monté dans la capitale en juillet 1943 pour diriger le réseau Noyautage des Administrations Publiques (NAP).

Le fait qu’elles vivaient ensemble rue Rousselet dans le 7e arrondissement, et qu’elles se sont connues avant l’Occupation, dans le cercle de Jacques Maritain, l’oncle d’Eveline, y est pour quelque chose. Ce milieu de catholiques de gauche donnera naissance à Témoignage chrétien et au numéro spécial sur l’antisémitisme sorti en pleine occupation. Andrée Jacob est évidemment bien placée pour être alertée et organiser la résistance. Elle conduira ses parents en zone sud, dans la maison de Buissière ou habite la famille d’Eveline Garnier, ne portera jamais l’étoile jaune, et fabriquera des faux papiers pour les Juifs de son entourage. Ariane Lévery, présente parmi nous aujourd’hui, a pu bénéficier de ces papiers qui lui ont sauvé la vie, ainsi qu’à sa mère. Elle est d’ailleurs venue avec.

A partir de 1943, le travail s’intensifie. Il s’agit de préparer la libération en protégeant les membres de l’administration publique résistants. Sans ce travail incessant de ces chevilles ouvrières de la Résistance, il n’est pas certain que de Gaulle aurait pu s’appuyer de manière aussi confiante sur une administration épurée qui posera les fondement du nouvel Etat français.

Grâce à leur sang froid, quand un certain matin d’avril 1944, la Gestapo est venue frapper à leur porte, elles ne furent pas arrêtées et purent ainsi reprendre le flambeau de la direction du réseau Nap en juin 1944, à la suite des arrestations ses chefs. S’occuper de la logistique, de la gestion des fonds, de la récolte et distribution des quelques 600 lettres échangées quotidiennement entre les différents centres de décision de l’insurrection parisienne, sans oublier la protection des archives, cachées aux Archives nationales ou travaillait Jacqueline Chaumié.

Elles représentent l’armée invisible des femmes sans lesquelles la Résistance n’aurait pas été en mesure de préparer et réussir l’Insurrection parisienne.

© Jean-Georges Jaillot-Combelas

Puisque nous sommes en face de la Bibliothèque nationale, Rappelons l’acte de bravoure d’Andrée Jacob qui l’a libérée à la tête d’un peleton FFI et fait arrêter Bernard Faye au moment où il allait s’évader vers les Etats Unis avec des fichiers importants, comme elle le raconte dans son témoignage conservé aux Archives nationales.

Après la Libération, un autre travail tout aussi essentiel les attendait au ministère des Prisonniers, déportés et rapatriés, dresser un premier fichier des disparus, et participer à la Mission dirigée par l’historienne Olga Wormser sur l’identification, la localisation et la recherche des déportés de France. Elle participera aussi à la constitution de la documentation pour le film Nuit et brouillard d’Alain Resnay.

Il aura donc fallu 75 ans, pour que ce couple de pionnières du devoir de mémoire et de la valorisation du patrimoine, ce couple de femmes résistantes mystérieusement rayées de l’histoire en dépit de leur état de service prestigieux, soit enfin honorées par notre cité de Paris.

J’espère que les jeunes pourront désormais puiser auprès d’elles la force de résister à l’oppression sous toutes ses formes (politique, religieuse, technologique) pour participer au renouveau si nécessaire de notre monde. Marie-Jo Bonnet, 29 août 2019

Discours de Marie-Jo Bonnet au vernissage de l’exposition CREATRICES, à Rennes

Permettez moi de commencer par remercier les artistes qui ont tant œuvré pour l’émancipation. Dans l’indifférence parfois, l’incompréhension mais toujours en suivant leur lumière intérieure. Je suis heureuse de leur rendre hommage par cette grande exposition féministe qui a pu se réaliser dans la ville de Rennes grâce au soutien de Mme Nathalie Appéré, maire de Rennes, et à toute l’équipe du musée dirigée par Anne Dary et aujourd’hui Jean-Roch Bouiller. Rennes, et la Bretagne, se mettent ainsi à l’avant-garde de la reconnaissance des femmes artistes.

Je remercie le comité scientifique qui m’a accompagnée dans l’élaboration du projet, et qui a été un lieu chaleureux d’échanges et de réflexion très dynamisant. Je crois que la relève est assurée.

Un merci spécial à François Coulon, que j’ai rencontré il y a plusieurs années au musée alors que je réalisais un Guide des femmes artistes dans les musées de France et qui a eu l’idée de me proposer cette exposition.

Merci aussi à Valérie Richard qui a assuré le secrétariat des demandes de prêt avec tant de compétence avec Macha Paquis, jeune normalienne.

Les éditions Ouest-France, étaient tout naturellement désignées pour publier le catalogue. Mathieu Biberon, directeur éditorial et Alice Ertaud, ont réalisé avec enthousiasme cet ouvrage qui sera la mémoire de l’exposition.

Je suis heureuse d’avoir pu rassembler un ensemble d’œuvres majeures réalisées par les plus grandes artistes, de Camille Claudel à Louise Bourgeois en passant par Elisabeth Vigée Le Brun, dont l’autoportrait en train de peindre a été peu montré en France. En tout  80 œuvres  de femmes, du Moyen Age à nos jours, qui sont unies et mises en espace par Eric Morin, dans une perspective émancipatrice.

Le statut des femmes artistes a fait l’objet, on le sait, d’un long combat. Et pour mieux en comprendre toutes les implications, nous avons choisi l’organiser l’exposition autour de cinq grands axes, qui représentent chacun un courant porteur. Comment se libérer de sa condition féminine en bravant les interdits ? Comment le portrait et l’autoportrait contribuent à changer l’image sociale des femmes en oeuvrant pour la reconnaissance des artistes ? Comment les artistes ont lutté contre les clichés de l’art féminin au point de révolutionner la tapisserie ? La question de la spiritualité en art comme source d’énergie créatrice, et enfin la trop prégnante question des violences subies ou comment les transformer par l’activité artistique pour renaître en sortant du statut de victime.

Nous voyons ainsi que les femmes artistes ont réalisé un travail symbolique essentiel, qui nous concerne tous et toutes et qui se déploie dans l’histoire depuis les premières visionnaires du Moyen Age, jusqu’à ce Baby carriage de la japonaise Chiharu Shiota.

Nous sommes en effet en présence d’une exposition de dimension internationale, avec des artistes issues de nombreux pays, qui permet de réévaluer l’apport des femmes dans le champ artistique. Nous espérons ainsi remettre en cause la logique d’une histoire de l’art fondée sur les ruptures avec le passé. Les femmes sont novatrices dans l’emploi des matériaux non nobles, dans le refus des clivages, l’ouverture à d’autres spiritualités et le désir d’exprimer un point de vue personnel sur le monde.

Avant de passer la parole à l’association Histoire du féminisme à Rennes et à H/F Bretagne, j’aimerai dire pourquoi je leur ai proposé de chanter l’Hymne du MLF au  cours du vernissage. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai été bouleversée d’entendre la chorale de 600 femmes chanter dans le stade de Rennes lors de la coupe du monde féminine de football cet hymne que j’ai tellement chanté lorsque j’étais au MLF. Il fait partie de mon cheminement dans la découverte des femmes artistes, et  de ma prise de conscience de l’inégalité de statut homme-femmes qui les a tant marginalisées. C’est auprès de Charlotte Calmis notamment et de son association La Spirale que je me suis éveillée à toutes ces questions, découvrant à quel point l’art est certainement l’avenir du féminisme dans sa capacité à élaborer un nouveau point de vue sur le monde et à nous le faire partager.

Je souhaite que cette exposition ouvre de nouveaux chemins d’émancipation dont nous avons tant besoin aujourd’hui.

Rennes, 28 juin 2019.

L’Hymne du MLF

Qui a composé l’Hymne du MLF? « L’hymne » des femmes a été composé chez Monique Wittig, fin mars 1971 pour un rassemblement au square d’Issy-les-Moulineaux en honneur aux femmes de la Commune dont on fêtait le centenaire. Outre Monique Wittig, il y avait Hélène Rouch, Cathy Bernheim, Catherine Deudon, M.-J. Sinat, Gille Wittig, Antoinette Fouque, Josyane Chanel et Josée Contreras qui se souvient avoir proposé l’air du Chants des Marais qu’elle avait appris en colonie de vacances en ignorant qu’il s’agissait du grand chant des déportés. Témoignage de Josée Contreras, destiné au Colloque « Femmes en chansons », 2010. Pour plus de développement voir MON MLF, par Marie-Jo Bonnet, Albin Michel, 2018.

Les femmes que vous voyez en train de chanter en noir et blanc sont « Le groupe musique du MLF ». la fille qui joue de la guitare, c’est moi. Filmé à Jussieu en 1972, avec Luce Theye, Claudette Davené, Marianne Ilisca,Annie Sinturel (flute et accordéon) et celles dont j’ai oublié le nom mais pas le visage.

Nous voulions enregistrer un disque. Voici la matrice dans le film

Exposition « La vraie vie est ailleurs » au musée des Beaux arts de Brest-

Marta Pan, Les Lacs, 1988, rue de Siam à Brest.

Le musée des Beaux arts de Brest, dirigé par Sophie Lessard, organise une exposition en liaison avec celle du Musée des Beaux-arts de Rennes dédiée aux Créatrices, l’émancipation pour l’art.

Elle a lieu du 29 juin 2019 au 5 janvier 2020 sur le thème :

« La vraie vie est ailleurs – Artistes femmes autour de Marta Pan : Simone Boisecq, Charlotte Calmis, Juana Muller, Vera Pagava, Judit Reigl. »

Cette exposition, dont le commissariat est assuré par Marie-Jo Bonnet, historienne de l’art et des femmes, rend hommage aux artistes étrangères, nées « ailleurs » ou hors métropole, qui ont eu le courage de quitter leur terre natal pour venir vivre en France l’aventure de la création artistique.

Elles ont aussi choisi l’abstraction comme mode d’expression privilégié de cet « ailleurs » qu’elles cherchaient dans leur art et dans la vie.

L’exil volontaire est toujours une expérience risquée… et féconde. Pour ces artistes assoiffées de liberté, elle va devenir un vecteur d’émancipation incomparable qui les jette dans l’inconnu pour s’obliger, peut-être, à s’appuyer sur le potentiel créateur présent en chacune et chacun d’entre nous.

Les 6 artistes qui nous présentons au musée des Beaux arts de Brest à travers 44 œuvres originales, sont arrivées en France entre 1920 et 1950. Que ce soit par la sculpture, comme Marta Pan avec « Lacs » de la rue de Siam, (1988) qui sont devenues une des grandes fiertés de la ville, par la peinture, le collage, et même la poésie, elles ont créé un univers singulier aux résonnances contemporaines qui montre l’importance de la création des femmes dans le rayonnement artistique de notre pays.

Créatrices, l’émancipation par l’art- exposition au Musée des Beaux-arts de Rennes en2019

Je prépare au musée des Beaux-Arts de Rennes pour l’été 2019 (29 juin-29 septembre) une grande exposition « Créatrices, l’émancipation par l’art« , dont je suis la commissaire avec Anne Dary, directrice du musée.

On y verra plus de 80 oeuvres (depuis le Moyen Age) dont: Louise JANIN, « Dragon volant au-dessus de Kwen Lun », 1924,

Louise Janin et Marie-Jo Bonnet en 1993

« Echange des cultures et Génocides » Marseille -11-13 juillet 2018

Odette Abadi 1914-1999-Résistante juive, auteur de « Terre de détresse ».

Bonjour –  Je participe à l’Université d’été d’ARES – « Echange des cultures et Génocides » – Du 11 au 13 juillet 2018 à l’ESPE de Marseille, 63 La Canebière

Jeudi 12 JUILLET Sous la présidence de Gérald Attali, Inspecteur Pédagogique Régional d’histoire et géographie.

 

9H-10H30 Deuxième table ronde : les échanges dans les camps

Marie Jo Bonnet , historienne, L’amitié féminine à Birkenau : de la survie à la « sororité » citoyenne trans-familiale.

Renée Dray-Bensousan, historienne , Académie de Marseille, Les échanges culturels autour de la créativité des femmes dans les camps….

Conférence à Rennes mardi 16 mars 2018

16 Mars 2018 à 20h30 à la MIR : Conférence dans le cadre des journées du 8 Mars avec Marie Jo Bonnet qui exposera sa vision de l’intersectionnalité, thème choisi par la ville de Rennes cette année. Après une brève introduction de FEE,  Marie Jo Bonnet, historienne d’art, militante historique de la cause féministe nous présentera  son exposé  « Convergences et divergences des luttes intersectionnelles: l’exemple de l’homosexualité ». Venez nombreuses !!!

Un espace sera dédié à la dédicace de son dernier livre publié en 2018 « Mon MLF » aux éditions Albin Michel.

Organisé par l’association Femmes Entre Elles- Maison Internationale de Rennes 7, Quai de Chateaubriand, Rennes. Métro : République.