Louise JANIN 1893-1997

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article traduit en anglais dans le catalogue Louise Janin, « The echo of the Spirit trought the Rythmes of Life », Edited by Simon Grant et Vivienne Roberts, Cosmogramme Press, Londres, 2026.

J’ai rencontré Louise Janin par l’intermédiaire d’une amie commune, l’artiste Charlotte Calmis (1913-1982). Je venais de rééditer mon livre « Les relations amoureuses entre les femmes : XVIe-XXe siècle ». Je lui  ai offert un exemplaire. Elle l’a ouvert et a trouvé le nom de Natalie Clifford Barney… Une larme a perlé dans son oeil. Elle était émue de retrouver le nom de Barney qui la renvoyait à sa jeunesse amoureuse à Paris dans les années 1920.  J’avais l’impression que c’était la première fois qu’elle s’autorisait à parler de  cette époque.

Elle avait connu Natalie Barney dès son arrivée à Paris, en 1924. Son salon du 22 de la rue Jacob à Saint-Germain-des-Prés, était reputé pour recevoir de nombreux écrivains, artistes et intellectuels et femmes homosexuelles. C’était un lieu de culture et de liberté. Mais Romaine Brooks, la compagne de Natalie Barney, ne supporte pas cette rivale et Louise ouvre son propre salon à côté, rue des Beaux-Arts où elle reçoit Armande de Polignac, la grande duchesse de Roumanie, et la dramaturge Donata Vannutelli.

Je ne savais pas grand-chose de la vie de Louise Janin. Elle n’en parlait pas. C’était comme si régnait un interdit di côté de ses relations avec les femmes. En tout cas, Monique Marmatcheva, sa “gouvernante”, veillait à ce que je n’en parle pas par crainte de voir Louise mise au ban d’une société encore très lesbophobe. Louise avait dû fuir l’étouffant victorianisme de son pays natal après une liaison amoureuse avec la joueuse de tennis Helen Wills. Après un grand voyage en Orient, elle a choisi Paris pour retrouver ses racines françaises mais peut-être plus encore pour être libre.

Ayant grandi au milieu des objets chinois que collectionnait son père, à San Francisco, elle prend appui sur la culture orientale pour  représenter son monde intérieur fait de femmes fortes ou de figures androgynes évoluant peu à peu vers l’abstraction. Je me souviens que dans son atelier de Paris, il y avait un grand Bouddha peint dans les années 1920, très représentatif de sa conception de l’être humain. Son visage en particulier était très féminin.  Comme elle voyait que je m’intéressais beaucoup à ce tableau, elle m’a dit qu’elle s’était servi de son propre visage pour peindre celui du Bouddha. Autrement dit, c’est un autoportrait.

Ainsi Louise Jain a pris appui sur des cultures ancestrales – la culture grecque pour Sappho, l’indouisme pour les femmes fortes afin d’exprimer sa vie amoureuse secrète.

Ses figures féminines n’ont rien à voir avec La Garçonne à la mode lors son arrivée en France. C’est plutôt du côté de l’Androgyne qu’il faut chercher la source philosophique de l’amour féminin. Louise Janin était très cultivée. Elle connaissait la spiritualité orientale, l’hindouisme, et le bouddhisme pour lesquels le féminin n’est pas séparé du masculin.

Elle a dû souffrir de l’homophobie. Pour ne pas risquer d’être mise au ban de la société, à la fois comme femme et comme lesbienne, elle n’a pas pu peindre ce qu’elle voulait. Mais elle était dotée d’une puissante énergie vitale (elle a vécu 103 ans) qu’elle réussit à transmuer en énergie créatrice, comme le montre son tableau abstrait de 1955 Au bord des autres cieux[1]. Le titre est tiré du poème « Lesbos » de Baudelaire. Il représente une croix carrée dont les axes semblent vibrer autour d’un centre aux formes blanches qui bleuissent vers l’extérieur. Cette géométrisation dynamique des énergies est une sorte de fenêtre ouverte sur les cieux, comme un sexe féminin ouvert sur la jouissance. Le plaisir physique ouvre la porte de l’univers. C’est le paradis.


[1] Aux bord des autres cieux – 1955, h.p., 100 x 81 cm. S.b.d.: L. Janin. Coll. de l’artiste.

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