août 072009
 

La première fois que j’ai entendu le nom de Séraphine de Senlis c’était en 1976, par la bouche de Charlotte Calmis qui rentrait d’un voyage à Senlis avec sa photo, celle Uhde, et des photos de ses tableaux.
Bouleversée par cette rencontre avec une peinture tellement aboutie, Charlotte Calmis avait écrit un texte qui n’a jamais été publié en France, mais qui fut traduit en américain par Mary Guggenheim, alors en visite en France (« Séraphine de Senlis », by Charlotte Calmis, translated by Mary Guggenheim. Womanart / Winter 77-78, Vol. 2, n° 2).
Comme Séraphine est aujourd’hui reconnue par très large public, je trouve important de lui rendre justice en publiant son écrit pionnier. M.J. Bonnet

On découvre un certain matin du 31 janvier 1932, devant le kiosque de musique du cours Montmorency de Senlis, tout un déménagement étrange: tableaux, couverts, objets, tapis. Le coupable de ce forfait ? Une femme de ménage dite Séraphine Louis.
Elle vient mystérieusement en cette nuit « de se dépouiller de tous ses biens ! » Ils furent achetés avec « son passe temps favori », la peinture.
Séraphine Louis endosse une des dernières formes que cette société lui confère « figure légendaire atteinte de débilité mentale ». Dirigée aussitôt sur un asile elle y végète dans le silence une dizaine d’années, coupable d’avoir réveillé une des puissances énergétiques les plus mal connues de notre univers, les possibilités de création de l’espèce féminine.
Voici éclatés les secrets enfouis depuis des siècles de soumission, de passivité, de long silence. Tout est terminé dit-elle mystérieusement durant ses années de réclusion.
L’oeuvre de Séraphine est une mémoire mythique qui explore. La force créatrice vitale est si forte qu’elle surgira dans cette femme de 42 ans, qui n’avait jamais peint auparavant, toute armée, semble-t-il, de sa propre « technicité » dans l’art de peindre… mémoire mythique, répertoire d’avant partir du paradis.
Ses tableaux d’arbres sont l’ARBRE. Le feuillage est le ciel ; chaque feuille un regard ; d’étranges fruits inquiètent. Tout un archétype explose dans cette inspiration qu’elle écoute, qu’elle nomme, qu’elle décrit.
Oeuvre singulière où s’expérimente une nouvelle expérience du sacré. Des murmures de l’éternité montent « d’avant la grande culpabilité de la femme et du péché originel ».
L’Eden est à regagner et à retrouver l’arbre de la connaissance, aux frontières des rivages interdits, pour accéder à la parole déculpabilisée.
Matière picturale… Matière lourde… Frôlements, chuchotements, palpitations semblent réveiller en nous un monde de sensations endormies et amorphes. Un frémissement orgasmique, un frémissement mystique animent ces surfaces à deux dimensions. Le silence trouve son dialogue.

Charlotte CALMIS, 1977, inédit

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