nov 042013
 

Tortionnaires, truands et collabos, La Bande de la rue de la Pompe 1944

Si l’épopée de la Libération de Paris est aujourd’hui bien documentée, il n’en est pas de même de sa face sombre, c’est-à-dire du tribut qu’ont dû payer les résistants arrêtés par les gestapos durant les trois mois de la bataille de Normandie.

Celle de la rue de la Pompe est très peu connue alors qu’elle n’a rien a envier à celle de la rue Lauriston, ou de la rue des Saussaies.

En quatre mois, du 17 avril au 17 aout 1944, une équipe de 44 auxiliaires français dirigés par l’Allemand Friedrich Berger a arrêté plus de 300 résistants, torturé la majorité d’entre eux pour leur extorquer des renseignements, déporté 163 hommes et femmes, sans parler de ceux qui sont morts sous la torture ou fusillés. Au cours du procès de la Gestapo de la rue de la Pompe au tribunal militaire, on dénombrera 110 morts dont 60 fusillés à Paris, parmi lesquels se trouvent les 42 jeunes gens fusillés à la cascade du bois de Boulogne le 16 aout 1944.

Maurice Loebenberg (1916-1944) et Jean Desbordes (1906-1944) APPP

Les tortures, d’une violence inouïe, ont tué plusieurs résistants dans l’immeuble même du 180 rue de la Pompe réquisitionné par Berger. Je pense à Jean Desbordes (1906-1944), alias Duroc, du réseau polonais F2, homme de lettres, secrétaire et amant de Cocteau avec lequel il vécut cinq ans, arrêté le 5 juillet 1944 avec vingt cinq de ses camarades, dont Catherine Dior, la sœur du grand couturier, et qui est mort sous la torture le lendemain. Un autre résistant, membre de du Mouvement de Libération Nationale, du Plutus et de l’Organisation Juive de Combat est également mort sous la torture le 18 juillet 1944. Il s’agit de Maurice Loebenberg (1916-1944), alias Cachou, dont le corps sera retrouvé dans un buisson du bois de Verrières.

Deux jours plus tard, Wlodzimierz Kaczorowski(1892-1944), du réseau POWN-Monika, ex attaché du consulat général de Pologne, arrêté le 14 juillet, meurt à l’hôpital de la Pitié des suites de ses tortures. C’est d’ailleurs un Polonais, M. Kedzierski, chef de service à la Délégation du gouvernement polonais à Paris, qui déposa une plainte auprès du Procureur de la République le 9 septembre 1944, donnant lieu à une commission rogatoire du juge Jadin grâce à laquelle une enquête judiciaire est déclenchée dès le 16 septembre 1944 tandis que la justice militaire s’empare elle aussi du dossier.

Wlodzimierz Kaczorowski 1892-1944 (APPP)

Il faut également citer les noms du général Bruncher, alias Félix, du colonel Zarapoff, du réseau Voix du Nord, de Pierre Schweitzer, futur directeur du Fonds monétaire international, de France Pejot la future mère de Jean-Michel Jarre, Georges Bruhat, directeur adjoint de l’Ecole Normale Supérieur, Nicole Clarens et le docteur Blanchet, de Chelles, abattu dans le bureau de Berger le soir du 16 août. Le lendemain, la bande de la rue de la Pompe s’enfuit en Allemagne après avoir assassiné une quarantaine de jeunes résistants catholiques et communistes à la cascade du Bois de Boulogne et rue Leroux. Elle fera encore de nombreuses victimes sur son chemin, comme à Sainte Menehould, le 24 aout.

L’étude des différentes sources d’archives (Préfecture de Police de Paris, Archives militaires, Archives nationales, SHD Vincennes, Mémorial de la Shoah…) se révèle particulièrement intéressante car elle nous livre un aspect de la résistance parisienne peu connu, celle d’une pluralité de réseaux qui nous donne une image bien différente que celle qui avait été construite. A côté des FFI, des FTP et des réseaux gaullistes, des forces essentielles ont participé au combat de la Libération. Le NAP, Noyautage des administrations publiques qui prépare la prise de pouvoir insurrectionnel, réseau polonais F2, qui s’était reconstitué avec de nombreux français après son démantèlement en 1942, le réseau polonais POWN-Monica, l’Organisation Juive de Combat (OJC) rassemblant de nombreux Juifs venus de différents pays étrangers, le réseau Coty et le Comité d’Action contre la Déportation (CAD), dont l’action est peu connue, hormis le fait qu’il a été fondé par Yves Farges.

De nombreux étrangers ont ainsi participé à la résistance parisienne ainsi que des femmes, qui ont d’ailleurs subi les mêmes supplices que les hommes, en particulier celui de la baignoire dans une eau glacée jusqu’à l’étouffement. Sans parler des coups et des humiliations sexuelles.

Quatorze membres de la bande seront jugés au tribunal militaire de Paris en 1952, en l’absence de leur chef Friedrich Berger, arrêté en mai 1947 par les services anglais et mystérieusement évadé après avoir fait une déposition amplement consacrée aux rouages de l’organisation « Rote Kapelle ». Il travaillera pour les services secrets américains pour finalement mourir dans son lit.

J’ai rencontré plusieurs familles qui ont un oncle, une mère, un père, une fille, un ami arrêté par les auxiliaires français de la police allemande, conduits 180 rue de la Pompe, souvent torturés puis internés à Fresnes ou à Drancy et pour un grand nombre d’entre eux déportés en Allemagne.

Cette histoire nous concerne aujourd’hui où la violence grandit.

Article dans LE POINT

1 aout 2013-LE POINT

Ci-contre critique dans Le Patriote Résistant, septembre 2013.

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