déc 222009
 

Les NOCES entre la PENSÉE et la VIE *
Marie-Jo BONNET

« Il faudrait fêter cet avènement d’une possibilité qui d’elle-même et de force s’inscrit dans la lutte des femmes, des noces entre la pensée et la vie. Ne pas résister à cette fusion est notre chance de participer activement à la mise en place d’une révolution humaine et irréversible ».
anonyme, Le Torchon Brûle n°0, 1970.

Les recherches sur les femmes, l’amour entre femmes et l’homosexualité sont nées dans le double contexte de dés-institution du savoir initié par Mai 68 et de l’extraordinaire bouillonnement culturel qui s’en est suivi. Sans la rupture avec le poids de la tradition universitaire, du mandarinat, des cours magistraux, et du cloisonnement des savoirs nous n’aurions jamais osé présenter des thèses universitaires sur ces sujets. Et sans l’émergence du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) et du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR), l’Université n’aurait certainement jamais accepté que de tels sujets soient reconnus par l’establishment.
Ce n’est pas pour rien que les femmes du M.L.F. ont proclamé en 1970 « Libération des femmes, année zéro » . c’est sur cette table rase que nous avons pu édifier notre propre demeure en commençant par le commencement : se réapproprier son histoire, à la fois comme sujet, l’engagement politique a fait de nous des actrices de l’histoire, et comme objet de recherche. Dans une université qui occultait complètement l’histoire des femmes derrière la grande histoire, nous avons introduit le Deuxième Sexe, ses combats, sa vie, ses espoirs et son regard sur le monde.
Mais les obstacles ne se sont pas évanouis d’un coup de baguette magique. Après une phase d’investissement collectif de ce nouveau champ de connaissance, les résistances de l’institution ont ressurgi avec force, refoulant ces recherches dans une marginalité, voire un isolement dont nous sortons à peine.
C’est pourquoi mon parcours individuel constitue, avec le recul historique, l’exemple même des difficultés de cette recherche à s’imposer dans le champ commun des connaissances. Parce qu’elles dévoilent des tabous millénaires (l’amour de la femme pour la femme et le rapport des femmes à l’Esprit, au Logos) de tels sujets conduisent fatalement les chercheuses à développer en elles-mêmes ce pouvoir d’incarnation nécessaire à la visibilité des femmes dans la Cité. Continue reading »

déc 142009
 

L’Affaire Guy Môquet. Enquête sur une mystification officielle« , de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Larousse, « A rebours », 160 p.

La lecture de l’enquête historique menée par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre sur « L’affaire Guy Môquet » est absolument passionnante pour celles et ceux qui se sont posé des questions sur les motifs de l’héroïsation du « plus jeune fusillé de France ».
Le sous-titre nous donne déjà une réponse : « Enquête sur une mystification officielle ». De fait ! le portrait qu’ils ont dressé à partir d’une recherche rigoureuse dans les archives est très différent de celui qui a été exalté par le Parti communiste, d’abord, puis notre président de la république.
Guy Môquet était-il vraiment un résistant, se demandent les auteurs, c’est-à-dire un jeune homme combattant les intérêts allemands en France ? Continue reading »

Bad Behavior has blocked 556 access attempts in the last 7 days.